« 24 janvier 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 89-90], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10622, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 24 janvier 1853, lundi matin, 9 h.
Bonjour, mon pauvre petit homme, bonjour.
As-tu pu enfin passer une bonne nuit
cette fois-ci ? J’ai hâte que ton livre1 soit
fini pour que tu puissesa te reposer
un peu car vraiment ta santé finirait par s’altérer si tu ne t’arrêtais pas bientôt.
Jusqu’à présent ton admirable organisation a résisté à toutes les fatigues du corps
et
de l’esprit, mais il est à craindre qu’elle ne se brise à force d’en abuser. Penses-y,
mon pauvre adoré, et impose-toi le repos comme les autres s’imposent le travail.
Que tu es bon, mon Victor, d’être venu me prendre hier au soir. Tu ne peux pas te
figurer combien cette action si généreuse me pénètre le cœur. Ce que j’éprouve est
plus vif que le plaisir, plus doux que le bonheur, plus tendre que la reconnaissance.
C’est tout cela à la fois mais divinisé par la pitié pour la peine que tu prends,
toi,
si grand, toi, martyr de l’esprit de charité, toi, occupé de penser et de guérir
l’humanité, de descendre jusqu’à moi, d’interrompre ton repos, tes saintes joies de
famille pour me donner quelques minutes de bonheur. Va, je sens tout ce qu’il y a
de
vraiment divin dans ta bonté et je fais plus que t’en aimer, je t’adore après des
sentiments si célestes. Il semble que tous les autres ne méritent pas qu’on s’y
arrêteb et, cependant, je le fais
pour qu’il soit bien entendu entre nous une fois pour toutesc que ma vie matérielle ne doit jamais
peser sur toi comme un fardeau. Le jour où tu en sentiras le poids, je te supplie
de
me le dire pour que je l’allège d’une façon quelconque. Tout me sera possible et même
facile dès qu’il s’agira de ton repos, de ta santé, de ta tranquillité et de ton
bonheur. Aussi, mon Victor adoré, aie confiance en moi comme j’ai confiance en toi
et
ne crains pas que je t’impose jamais d’autre devoir que de m’aimer. De mon côté, mon
adoré petit homme, je vous prometsd
de ne pas faire de CONNAISSANCES [sans ?] votre permission.
Juliette
1 Le futur recueil poétique des Châtiments. Dans une lettre à Jules Hetzel datée du 9 janvier 1853 Victor Hugo promet « le manuscrit des Vengeresses ou Châtiments (votre avis) avant la fin du mois. » Victor Hugo, Œuvres complètes, Éd. Massin, CFL, 1968, t. VIII/2, p. 1042
a « puisse ».
b « arrêtent ».
c « toute ».
d « promet ».
« 24 janvier 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 91-92], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10622, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 24 janvier 1853, lundi après-midi
Je suis impatiente de savoir comment Suzanne se sera tirée de cette première épreuve. Je voudrais, pour tout
au monde, que son service convînt à ta femme, car, outre une petite économie, que
tu
n’en es pasa à dédaigner, il
y aurait pour elle, en particulier, un grand ennui de moins dans son intérieur. Je
lui
ai fait toutes les plus grandes recommandations sur sa discrétion et sur son zèle.
J’espère qu’elle fera honneur à mes instructions et que nous n’aurons jamais à
regretter de nous être fiés à elle. En attendant, mon cher petit bien-aimé, tu serais
bien gentil de venir un peu de bonne heure car, outre ton travail qui t’empêche de
t’occuper de moi, tu viens si tard que c’est à peine si j’ai le temps de te voir.
J’ai
un affreux mal de tête aujourd’hui, c’est à peine si j’y vois pour te gribouiller
ces
quatre lignesb. Je sens que j’aurais
besoin de prendre de l’exercice. Celui du soir ne me suffit pas et puis, encore un
peu
de jour et de soleil ne me nuiraitc peut-être pas, mais pour cela il faudrait que tu eusses un
peu de loisir ou que tu pusses m’emmener quand tu travailles, quitte à ne pas
desserrer les dents pendant tout ce temps-là.
Je te dis cela sous l’influence de
mon horrible migraine mais je sais d’avance, mon pauvre bien-aimé, que cela ne se
peut
pas. Pardonne-moi de te dire des paroles inutiles et viens le plus tôt que tu pourras.
Ta présence est la meilleured
hygiène pour moi et ton amour est ma douce panacée.
Juliette.
a « tu n’en n’es pas »
b « ligne ».
c « nuiraient ».
d « le meilleur »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
